• Abi

Chapitre 1 : Souvenirs d'enfance (suite)

Mon premier camp


Après la promesse faite à mon père que j'allais me présenter aux élections afin d'être responsable de classe chaque année scolaire, j'ai pu passer de belles vacances. Papa m'a inscrite au camp du Groupe Biblique des Elèves et Etudiants du Bénin. Officiellement, je ne suis plus écolière puisque je viens d'empocher mon certificat d'études primaires, le premier diplôme de ma vie, youpi!!! Ces vacances, le camp se déroulait à Porto-Novo, la ville aux trois noms. A la fin du premier enseignement, j'ai eu l'opportunité d'expérimenter quelque chose que j'avais toujours voulu faire: garder les yeux ouverts tout au long d'une prière. Oui, je sais que ça peut paraître bizarre mais je me suis toujours demandé s'il y avait quelque chose qui se passait pendant qu'on avait les yeux fermés. Ben non, rien... Je suis un peu déçue. A l'église, maman me demandait toujours de fermer les yeux lorsqu'on voulait prier dans l'assemblée. Je suspecte qu'elle se donnait pour mission de me surveiller étroitement. Exaspérée, un jour, au beau milieu d'une prière à l'église, je lui ai demandé en chuchotant:


- "Est-ce que Dieu nous entend moins quand on ne ferme pas les yeux?"

- "Non, ma chérie, mais cela nous permet de ne pas être distraits par ce qui nous entoure", me répondit-elle en chuchotant aussi.

- "Mais ce n'est pas moi qui suis en train de prier", rétorquai-je, toujours en chuchotant. Elle me répondit une dernière fois d'une voix lasse:

- "C'est une manière d'être en union de prière. Maintenant, tais-toi et ferme les yeux, on est toujours en train de prier". Je me suis exécuté, mais avant de fermer les yeux, je lui ai demandé:

- "D'ailleurs, comment tu fais pour savoir que je ne ferme pas les yeux chaque fois?". Je pense qu'elle a fait semblant de ne pas m'entendre. J'ai remarqué le sourire de Shine à côté de moi.


J'aime beaucoup l'ambiance qu'il y a dans ce camp, on vient de différentes églises et j'ai l'occasion d'observer de nouveaux visages. Ils ont donné des noms à chacune de nos chambres, la mienne s'appelle "Bonté". Ce que j'aime surtout, c'est qu'ici, chacun lave son assiette et son gobelet après avoir mangé. On devrait instaurer cette règle dans toutes les familles. Moi ça me prend toujours un temps fou de faire la vaisselle à la maison. Maman dit que j'ai une obsession de propreté, je relave instinctivement tout ustensile propre que je veux utiliser. En plus de cela, j'ai été diagnostiquée de "toujours dans la lune" après avoir brisé tous les verres de la maison. Ce qui me fait rire, c'est que chaque fois que maman me voit arriver avec un plateau de verres, j'ai l'impression qu'elle me parle exprès juste pour être sûre que je ne suis pas en train de rêver ou de penser à autre chose. Bref, ma vie serait plus simple si chacun s'occupait des affaires qu'il utilise, tout comme cela se fait ici au camp. Dommage que ça ne durera que dix jours. Le seul point négatif de ce camp, c'est qu'il faut se réveiller tous les matins à six heures pour faire du sport; ça me rappelle que j'ai évité de justesse mon enrôlement dans un collège militaire.


On est presque à la fin du camp et le thème du dernier enseignement a l'air passionnant. C'est intéressant pour moi car j'ai toujours été intriguée par les événements du futur, il s'agit de la fin du monde. A l'école du dimanche, on ne nous a jamais parlé de la fin du monde, on nous raconte seulement les histoires de la Bible. A la fin de l'enseignement, je me retrouve un peu désemparée avec beaucoup de questions. Si Jésus revenait aujourd'hui, me prendrait-il avec Lui? J'ai envie de dire oui mais en même temps je ne suis pas sûre. Je n'arrive pas à répondre à cette question. C'est vrai que je vais à l'église, mais qu'est-ce qui lui permettrait vraiment de me reconnaître parmi tout le monde? Ce n'est pas comme si on discutait ensemble tout le temps et qu'on avait une relation privilégiée. J'étais plongées dans mes réflexions lorsque j'entends le prédicateur faire un appel pour entrer dans la famille de Dieu. Je sens que c'est ce qu'il faut que je fasse. Je n'ose pas me lever pour aller à l'autel comme tous les autres, mais de ma place, tout au fond de la salle, je décide de donner ma vie au Seigneur à 10 ans.


Mon premier groupe


Lorsque je rentre à la maison, je suis tellement contente de faire officiellement partie de la famille de Dieu que je décide qu'il faut que je fasse quelque chose dans sa maison. Mais, en tant qu'enfant fréquentant encore l'école du dimanche, il y a peu, sinon aucun ministère de l'église dans lequel je peux m'intégrer. J'en parle avec mon amie Ange, elle est comme ma sœur et on se connaît depuis toujours. Réfléchissant ensemble, on a fini par trouver une idée géniale. Puisqu'on n'avait pas l'âge pour intégrer un ministère existant, il fallait alors en créer un. C'est ainsi qu'est né le groupe de chorégraphie "Les Sœurs De Jésus (SDJ)". C'est un nom très significatif pour moi car ça montre mon appartenance à la famille de Dieu. J'en ai parlé à Shine et elle a décidé d'intégrer aussi le groupe. Nos parents ont été ravis de l'idée et nous ont encouragés à prendre cela au sérieux. On a décidé qu'on ferait nos réunions tous les mercredis soirs de façon rotative chez Ange et chez moi. On a sorti la totale, on avait un cahier de réunion et une caisse. Puisqu'on était trois, on a décidé qu'il y aurait une responsable, une secrétaire et une trésorière; et qu'il devrait y avoir une rotation des rôles chaque année.


Pour notre première apparition publique à l'église, on a choisi un morceau du groupe Exo Eclats: "De mon Seigneur". Cela nous a pris plusieurs répétitions pour être au point mais c'était fun car on avait décidé de mimer exactement ce que les paroles disaient, et il y avait de la bonne humeur. Parfois, lorsqu'on était en manque d'inspiration, on demandait à la grande sœur d'Ange qui nous donnait des idées qu'on aimait beaucoup. Au-delà des gestes et de la musique, pour nous cette chanson était une prière qu'on désirait voir s'accomplir dans nos vies. Pour la prestation, on avait porté des tenues uniformes au niveau des couleurs: un t-shirt blanc sur une jupe noire. On avait reçu beaucoup de commentaires positifs et des encouragements à la fin de la chorégraphie. On était entré dans l'histoire de notre église locale.


Un après-midi, au cours d'une réunion de groupe, on a décidé qu'il fallait qu'on sorte un album. On avait choisi quelques cantiques de l'église qu'on aimait bien et on avait décidé de les enregistrer sur une cassette audio. C'était l'idée la plus folle qu'on ait jamais eue. On n'avait aucun instrument de musique mais le cousin d'Ange avait accepté de jouer du tam-tam sur notre table au salon. On a passé des mois sur ce projet, des répétitions sur répétitions. On mettait une cassette audio vierge dans un magnétocassette et on appuyait sur "Rec" pour enregistrer. Puis, on effaçait et on reprenait encore et encore jusqu'à être satisfaits. Malheureusement, ce projet a été interrompu par un événement qui nous a toutes bouleversées: le papa d'Ange nous avait devancé au ciel. Aucun mot ne pourrait décrire la douleur et la détresse silencieuse qu'on avait ressenti car on s'était toujours considérées comme des sœurs. On avait beaucoup de questionnements intérieurs, c'était la première fois qu'on vivait l'expérience de la mort et la douleur de la disparition d'un être cher. Jamie Anderson est un auteur qui a dit que le chagrin est en réalité de l'amour. C'est tout l'amour qu'on aimerait donner mais qu'on ne peut pas. Tout cet amour non exprimé s'accumule dans le coin de nos yeux... Le chagrin, c'est juste de l'amour qui n'a nulle part où aller. On a toutes été affectées profondément par cette disparition tragique. Quelques mois plus tard, on a décidé de faire une prestation à l'église sur un morceau du groupe La harpe de David, intitulé: "Seigneur, ne m'abandonne pas". C'est un groupe dont les chansons nous ont beaucoup encouragé au cours de cette saison difficile. Cela nous a permis de connaître et de mémoriser le numéro portable du Saint-Esprit qui est Jérémie 33:3. Je pense qu'aucune de nous ne l'oubliera car c'était devenu notre verset phare lorsqu'on ne comprenait pas certaines situations...



Ma première année au collège

Aujourd'hui, c'est mon premier jour au collège. C'est une nouvelle saison de ma vie que j'ai hâte de commencer. Pendant les vacances qui ont précédé cette rentrée, je ne tenais pas sur place, je voulais participer à l'achat de toutes mes fournitures scolaires. Je trouve l'idée d'avoir un professeur pour chaque matière très intéressante. Je sens que je ne vais pas m'ennuyer. Bon, peut-être un peu quand même, puisque j'ai déjà lu tous les romans au programme du cours de Français.

J'ai porté une robe fleurie pour ma première journée des classes. La plupart du temps, c'est la galère pour m'habiller chaque matin car l'école ne nous impose pas de tenue uniforme et mes parents ne s'impliquent pas trop dans le choix de mes vêtements. Chaque matin, il me faut donc choisir comme une grande, ce que je dois porter. Mais ce matin, la tâche me semble presque plaisante. En fait, c'est depuis hier soir que j'ai choisi mentalement la robe que j'allais porter ce matin. J'adore les robes, je trouve que ça correspond parfaitement à mon type de personnalité, c'est à la fois élégant et confortable pour pratiquer l'activité que j'aime le plus : la lecture. Parfois, en récréation, lorsque certains de mes camarades venaient me proposer de jouer un jeu qui impliquait un effort physique, je prenais pour excuse le fait que je portais une robe et j'allais me réfugier dans un coin de la cour avec un livre. Un jour quelqu'un m'avait lancé à la figure: "Mais tu es presque toujours en robe". J'ai répliqué calmement d'un air narquois: "Eh bien, c'est peut-être parce que je n'ai que ça". Bon, ce n'était pas vrai, j'avais aussi des jupes et des chemises, mais elles étaient toujours au fond de ma commode. J'aurais pu simplement me taire. Je suis impatiente de retrouver mes camarades et mon école. Il faut dire que j'ai toujours fréquenté la même école depuis la maternelle. Je m'y sens comme chez moi. On n'est pas souvent nombreux dans les salles de classe, et on se connaît tous depuis des années. A chaque rentrée, on se demande s'il y aura de nouvelles personnes. Eh bien, aujourd'hui on est servis. Dès mon entrée en classe, je remarque automatiquement cinq nouveaux visages isolés. Naturellement, je décide de me diriger vers mes anciens camarades lorsque je me souviens que j'ai un objectif en vue: devenir responsable de classe. Alors, je décide de rapidement saluer les nouveaux élèves en me présentant. Après cela, je vais m'asseoir à côté d'une amie. On commençait juste à se raconter nos vacances lorsque le professeur de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) est entré dans la salle de classe.... (à suivre...) .

©2017 by Abigail Djossou.