• Abi

1. Une bouteille dans l'eau


Par une froide soirée de Novembre, je jette une bouteille dans l'eau. J'y mets tous mes espoirs, mes joies, mes plans d'avenir, mes douleurs aussi, et surtout mes doutes...


Je suis désemparée, je n'avais pas vu venir ce virage, et je me retrouve dans le décor. Je suis carrément sortie de la route. Totalement perdue, avec quelques blessures de part et d'autre, je ne sais que faire. Je regarde autour de moi, il n'y a personne et l'endroit où je me retrouve semble être une forêt, sans aucune âme vivante. Mince, comment ai-je pu rater ce virage, je savais pourtant qu'il n'était pas loin mais il a fallu que je sois distraite avec ce cellulaire, cherchant à mettre une chanson spécifique que j'avais comme par hasard envie d'écouter à ce moment très précis. Voilà que mon cellulaire n'a plus de signal, et la voiture est dans un très mauvais état. Il ne manquait plus que ça. Je me retrouve coincée ici, au milieu de nulle part, avec pour seule compagnie les arbres et une rivière qui semble me toiser du regard.


Bon, il faut que je me sorte de ce pétrin. Il faut que je réfléchisse: je ne peux ni utiliser le cellulaire, ni la voiture. J'essaie de sortir de la voiture, mais une douleur lancinante au genou m'arrache un cri amer. Je suis blessée au genou, cela réduit mes chances m'en sortir toute seule.

Soudain, une pensée me traverse l'esprit. Je regarde de l'autre côté de la rivière, il y a des maisons. Elles semblent très bien entretenues donc elles sont peut-être habitées. Je regarde la distance à parcourir et cela me décourage. C'est trop long je n'y arriverai jamais à la nage, surtout avec ce genou qui me fait mal. Pfff, je n'arrive pas à croire que c'est une petite erreur d'inattention qui m'a conduite ici, ça m'apprendra à faire plus attention la prochaine fois.


Et si j'essayais d'envoyer un message? J'ai une petite bouteille d'eau dans mon sac. Je vais écrire un message, la mettre dans la bouteille et essayer de la jeter à l'eau. Je verse le contenu de la bouteille par terre avant de me rendre compte que ce n'était pas très malin au cas où j'aurais soif. Mais ce qui est fait est fait. Je m'attèle à la secouer plusieurs fois afin d'assécher un peu l'intérieur de la bouteille. Puis je prends une feuille, un stylo et je mets à écrire la première chose qui me vient à l'esprit.


Je lis ce que j'ai écris instinctivement. J'ai écris S.O.S., ma parole, je me crois dans un film ou quoi? Et si la personne qui tombe sur ma bouteille ne connaissait pas la signification de S.O.S.? Je me demande bien pourquoi ils utilisent S.O.S. dans les films. Il faut que j'écrive quelque chose de plus élaboré et spécifique. Il faudrait que je me présente convenablement afin que mon cas puisse lui paraître urgent. Bon, je me lance.


Bonjour cher inconnu(e), je ne te connais pas mais j'ai besoin urgemment de ton aide. Si tu lis ce message, c'est que la bouteille que j'ai lancé a réussi à traverser la rivière jusqu'à toi. Si tu regardes de l'autre côté de la rivière, tu apercevras peut-être ma silhouette. J'ai dérapé de la route et je ne sais retrouver mon chemin. J'ai une mobilité réduite car je suis blessée au genou. T'envoyer cette bouteille est le seul moyen que j'ai trouvé pour communiquer avec toi. Tu te dis certainement que tu ne me connais pas et que tu pourrais tout aussi bien ignorer ce message.


S'il te plaît, ne le fais pas, j'ai un mari et une petit fille de 2 ans qui ont encore besoin de moi. Si ça ne te tente pas de m'aider, je te prie de le faire au moins par égard pour ma petite fille qui a besoin de sa mère. Je n'estime pas être parfaite mais je me bats comme je peux pour me faire une place dans le monde professionnel. Mon mari n'est pas toujours d'accord avec mes méthodes, mais au moins ça nous permet de vivre et d'assurer un bon avenir à notre fille. J'étais en train d'aller à une réunion très importante lorsque je suis sortie de la route par manque d'attention.


Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout cela, mais j'espère que tu comprends à quel point c'est très important pour moi de retourner à ma vie. Je t'en serai éternellement reconnaissante.


J'enroule le papier sur lui-même et je le glisse dans la bouteille qui est maintenant sèche. Il faut que j'arrive à me rapprocher de la rivière. J'essaie de sortir de la voiture mais je ne peux pas m'appuyer sur mon genou gauche qui est blessé. Mais il faut forcément que je sorte de cette voiture, ensuite je pourrai me traîner le plus proche possible de la rivière. Je décide de me jeter à terre d'un coup et d'encaisser la douleur une bonne fois pour toutes. Aïeeee!!!!! Cela fait plus mal que ce que je pensais. Puis, je mets la bouteille dans la bouche et j'essaie de me traîner sur le sol en m'appuyant sur mes coudes. La distance à parcourir semble interminable. Arrivée au bord de la rivière, je prends toutes les forces qui me restent pour essayer de lancer la bouteille aussi loin que possible. Je pense qu'elle n'est pas allée très loin, je n'ai pas le temps de vérifier que je m'évanouis sur le champ.


Je sens soudain des bras me soulever et me porter. Je ne sais pas combien d'heures se sont écoulées depuis et, je n'arrive ni à ouvrir les yeux, ni à bouger de moi-même. J'entends juste deux voix qui discutent. Il me semble que l'une des voix est celle d'une enfant. Je ne comprends pas un traître mot de ce qu'ils disent, ils parlent dans une langue qui m'est étrangère. Je m'endors après quelques instants.


A mon réveil, je constate que je suis dans une sorte de lit très inconfortable. Je regarde autour de moi, il y a un fin rideau blanc devant mon lit. Je parviens à discerner l'aspect globale de la pièce en regardant au travers du rideau, on dirait que je suis dans une cabane. Je fais un mouvement pour essayer de sortir du lit mais j'abandonne très vite constatant que ma jambe me fait toujours mal. Un homme vient à mon chevet, il a peut-être la trentaine. Il me dit quelque chose mais je ne comprends pas et je lui réponds en français. Il fronce les sourcils et s'en va. Il revient ensuite avec une enfant, je lui demande où je suis et elle me répond en français. Ouf, enfin quelqu'un qui me comprend.

- Vous êtes dans la forêt appelée Réalité. C'est mon père qui vous a trouvée au bord de la rivière alors qu'il s'apprêtait à pêcher. Nous vous avons ramenée à la maison.


- Sais-tu si c'est loin de la Capitale? demandai-je. J'étais en mission de travail dans une autre ville, et je rentrais chez moi lorsque j'ai eu un accident. Il faut que je rentre chez moi. Ma famille est certainement très inquiète car ils sont sans nouvelles de moi.


- Je ne connais pas la Capitale, répondit-elle. On n'y est jamais allés. On a toujours vécu ici. Je connais juste le village voisin dans lequel je vais à l'école.


Son papa avait un air très inquisiteur car il ne comprenait pas ce qu'on se disait. Elle lui rapporta notre conversation et il lui dit quelque chose. Alors elle me dit:

- Papa dit que vous devez manger, vous avez perdu beaucoup de forces. Votre blessure prendra quelques jours pour cicatriser. Vous ne pouvez aller nulle part pour l'instant dans votre état.

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©2017 by Abigail Djossou.